Politique linguistique
La politique linguistique camerounaise en matière de langues nationales est évolutive. Aussi peut-elle être repartie en quatre phases successives : le respect des droits linguistiques, le mépris et le bannissement, le laisser-faire, puis la protection et la promotion.
- Phase 1 : le respect des droits linguistiques. Cette politique était fondée sur le libre usage des langues nationales dans toutes les situations de communication, privées ou publiques. Elle a prévalu jusqu’à l’irruption des langues européennes, notamment l’allemand, le français et l’anglais à la faveur des différentes conquêtes coloniales.
- Phase 2 : le mépris et le bannissement des langues camerounaises. Exploit des différentes administrations coloniales au Cameroun, cette politique a consacré l’écrasement des langues nationales au profit de la domination et de la libre expansion de deux langues coloniales ; à savoir le français et l’anglais qui ont été érigés en langues officielles. Elle repose sur des dispositifs réglementaires et des pratiques coercitives et linguicides, principalement dans l’administration et dans l’enseignement. Loin d’être éradiquée, cette politique du mépris et du bannissement aura été désastreuse pour les langues camerounaises qui sont aujourd’hui menacées de disparition.
- Phase 3 : le laisser-faire. La politique du laisser-faire s’étend du début des années 1960, avec l’indépendance du pays, jusqu’à la fin de l’année 1995, à la veille de la révision constitutionnelle de janvier 1996. Sans que les différents textes et pratiques coloniales qui pesaient sur les langues nationales ne soient levés, le Cameroun a toléré les multiples initiatives des linguistes et des missionnaires catholiques et protestants en faveur de l’étude et de l’enseignement de ces langues. Cette période aura été marquée, entre autres, par l’installation au Cameroun de la Société Internationale de Linguistique (SIL) en 1969, le déploiement du Projet/Programme de Recherche Opérationnelle pour l’Enseignement des Langues au Cameroun (PROPELCA) à partir de 1978, et la publication de l’alphabet général des langues camerounaises en 1979 qui constitueront, non seulement le fondement de la renaissance des langues nationales, mais des références pour l’élaboration et la mise en œuvre de la future politique de protection et de promotion de ces langues.
- Phase 4 : la protection et la promotion des langues nationales. Cette politique prend appui sur la loi constitutionnelle n° 96/06 du 18 janvier 1996 et plusieurs textes législatifs et réglementaires subséquents dont la Loi no 98/004 du 14 avril 1998 d’Orientation de l’Education au Cameroun. A la faveur de la nouvelle législation linguistique, des efforts, somme toute, non négligeables sont déployés au niveau de l’État, des communautés linguistiques, des organisations et des individus pour un regain de vitalité des langues camerounaises. L’intégration en cours de ces langues dans le système éducatif formel en est une illustration.
Cette politique linguistique repose sur deux piliers essentiels que sont la législation et les institutions de langues.
